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Les 50 ans d'El Primero

Chapitre 1 : El Primero, la naissance d’une légende

La Cote des Montres™ le 15 février 2019



Un objet ne naît jamais par hasard : il est le fruit d’une époque. Il découle des usages d’une ère donnée, et parfois, il va les anticiper. La durée de vie des objets nés des usages en vogue ne dépassera pas l’époque qui l’aura vu naître.

En revanche ceux qui ont été créés par anticipation ont de bonnes chances d’être pérennes. C’est le cas d’El Primero. Le mouvement El Primero a été lancé le 10 janvier 1969. Mais il aura fallu sept années de gestation pour qu’il puisse voir le jour. Flash-back...


62 Chez Zenith naît l’idée de lancer un chronographe automatique. Il n’existait en ce temps aucun chronographe automatique sur le marché. Entre 1966 et 1967, la direction de Zenith choisit de créer le premier calibre de chronographe automatique intégré extra-plat haute fréquence, battant à 36'000 alternances par heure pour mesurer le 1/10e de secondes.

69 Le 10 janvier, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue au Locle, est annoncée la naissance d’El Primero. Zenith fut donc la première manufacture à lancer publiquement son chronographe automatique.



À l’aube des années 60, le contexte horloger n’est plus guère favorable aux chronographes à remontage manuel tels qu’ils étaient conçus à l’époque. En effet, la clientèle a pris l’habitude de porter des montres dotées d’un mouvement à remontage automatique et n’a plus envie d’actionner une couronne tous les matins pour avoir le temps exact, alors qu’il lui suffit de vivre, de bouger, de travailler avec son garde-temps au poignet, pour toujours avoir l’heure. Remonter la couronne est un geste d’un autre temps. La modernité appelle l’efficacité.

Le mot « modernité » a été tellement utilisé qu’il en a été vidé de son sens, mais au début des années 1960, il portait en lui la promesse d’un avenir radieux et l’attente de l’accession à la liberté, une liberté souhaitée totale où les objets joueraient le rôle de facilitateurs et d’économiseurs de temps.

Les courants de pensée de l’époque sont hérités de l’humanisme prométhéen. L’être humain ne veut plus se laisser définir par une instance extérieure : il est maître de son destin, maître de la vitesse et très bientôt, maître de l’espace. Il a une confiance indéfectible en lui-même. Pendant cette période que l’économiste français Jean Fourastié a baptisé « Les Trente Glorieuses »*, qui commence avec la fin de la Première Guerre mondiale et s’arrête avec le choc pétrolier de 1973, on assiste en Europe à une forte croissance économique qui génère le plein emploi, entraînant naturellement l’accroissement du pouvoir d’achat et la consommation de masse.



Durant ces années-là, on se projetait facilement dans un futur que l’on imaginait hyper-technologique et donc perçu comme heureux, car nul ne pouvait alors deviner combien l’avènement de la technologie serait ambivalent. Les hommes voyageraient dans l’espace, les voitures seraient volantes, les femmes auraient des robots pour les aider dans leurs tâches ménagères, et tout le monde serait heureux. Une montre à remontage manuel ne peut appartenir à ce monde-là. Une montre à remontage automatique, qui se remonte toute seule, en revanche, possède en elle cette magie de la modernité.

En 1962, chez Zenith, naît l’idée de lancer un chronographe automatique afin de fêter le centenaire de la manufacture. Il n’existait en ce temps aucun chronographe automatique sur le marché : ce serait donc une première. Mais pas question de choisir la facilité et prendre un calibre existant en ajoutant un module additionnel. Zenith voulait mettre à profit son savoir-faire dans le domaine de la recherche et du développement. Les « faiseurs d’El Primero » ne voulaient pas ajuster, mais repenser.

Entre 1966 et 1967 la direction de Zenith choisi de développer un mouvement haute fréquence à 36’000 alternances/heures, et c’est au département de Chronométrie de Zenith, qui préparait les pièces pour les concours d’observatoire de chronométrie, que l’on doit ces recherches. Le sujet de la haute fréquence était alors dans l’air du temps, car elle était associée à l’idée de précision et souvent discutée lors de congrès de sociétés de chronométrie, la Société Suisse de Chronométrie notamment.

Le défi que se lance alors la manufacture ? Créer le premier calibre de chronographe automatique intégré extra-plat haute fréquence, battant à 36’000 alternances par heure, et ce afin de pouvoir mesurer le 1/10e de secondes.



En concevant le El Primero, Zenith a entièrement repensé l’architecture du chronographe et la façon dont il était produit. Ce mouvement a marqué le début de méthodes de production totalement innovantes. Avant cela, on s’en remettait au remonteur de chronographe. Ce dernier recevait les différentes parties du mouvement et son métier consistait à limer les composants pour pouvoir ensuite monter le chronographe. En effet, les étampes de l’époque impliquaient des tolérances et il fallait les reprendre. « On recevait les fournitures de base, mais il fallait les assembler, régler toutes les fonctions à la lime, il fallait faire vraiment la terminaison du chronographe » explique Christian Jubin, Responsable de l’assemblage à l’époque. L’El Primero a été pensé dès le départ pour que les horlogers puissent travailler de façon moderne : les étampes étaient plus précises et permettaient de réduire les tolérances au minimum, pour produire en série des pièces prêtes à l’assemblage. « Avec El Primero, on prenait les pièces, on les assemblait, et c’était bon », relève l’un des « faiseurs » d’El Primero. Changement de paradigme.

Pourquoi Zenith souhaitait développer un mouvement à haute fréquence ? « Dans les années 1960, tout le monde commençait à se lancer dans la haute fréquence ; alors si on voulait lancer quelque chose de nouveau, il fallait qu’on soit au top, » confie un témoin de l’époque.

La haute fréquence contribue de plus à la précision : à 36’000 alternances par heure, 10 par secondes, les chocs potentiels ont beaucoup moins de chance d’avoir un impact sur la marche de la montre. C’était une fréquence très élevée, or pour éviter l’usure prématurée de certains composants, Zenith a utilisé un traitement de surface particulier : le bisulfure de molybdène. Il s’agit d’une couche superficielle qui s’applique sur la planche de la roue d’ancre qui distribue l’énergie au balancier et qui améliore le coefficient de glissement. Ce traitement de surface innovant était déjà utilisé dans certaines industries mécaniques, mais pas dans l’horlogerie.

* Jean Fourastié, « Les Trente Glorieuses » ou la révolution invisible de 1946 à 1975», publié chez Fayard en 1979.




El Primero!

Le développement d’El Primero s’est effectué dans un contexte extrêmement compétitif. Plusieurs maisons horlogères étaient en lice pour lancer le premier chronographe à remontage automatique : Zenith-Movado, Seiko et le Chronomatic group, composé des marques Hamilton-Buren, Breitling, Heuer et Dubois Dépraz. « Il fallait que celui de Zenith soit le premier chronographe automatique qui sorte sur le marché – tout en sachant qu’il y avait les japonais et les Suisses en compétition. Cela s’est joué à quelques mois près. Ils sont tous sortis pratiquement dans la même année », rappelle Marc Roethlisberger de l’équipe du Marketing de l’époque.

Zenith fut donc la première manufacture à lancer publiquement son chronographe automatique. Le 10 janvier 1969, lors d’une conférence de presse qui s’est tenue au Locle, elle a annoncé la naissance d’El Primero dont le coeur battait, et bat toujours, à 36’000 alternances par heure. « Zenith et Movado ont lancé le 10 janvier 1969 le premier chronographe automatique haute fréquence du monde » titrait le communiqué de presse. Le mouvement a été lancé sous le nom de la Holding MZM, Mondia Zenith Movado, un consortium créé à la fin des années 1960. Grâce à sa haute fréquence, le balancier d’El Primero pouvait scinder la seconde en 10 parties égales, permettant à la grande trotteuse une observation au 1/10e de seconde.

« La fabrique de montres Zénith S.A., du Locle, vient de réaliser une performance extraordinaire en réunissant en une seule deux montres de haute précision. (...) Un autre exploit, c’est que les deux mécanismes sont logés dans un volume inférieur à celui d’un chronographe traditionnel », lit-on dans l’Express du 10 janvier 1969. El Primero, c’est le « premier chronographe automatique haute fréquence du monde », annonce le communiqué de presse. « Jusqu’à cette date, aucun chercheur n’avait réussi à unir dans une même montre le mécanisme d’un chronographe à celui d’un mouvement automatique. Zénith et Movado non seulement ont réussi cet exploit extraordinaire mais encore sont parvenus à loger tout le mécanisme chronographe, automatique et date dans un espace inférieur à celui que nécessite un chronographe habituel. La hauteur du mouvement n’atteint - performance inouïe - que 6,50 mm ! », poursuit le communiqué. Et pour pousser le challenge un peu plus loin, les horlogers proposent dès le départ deux versions différentes du calibre : une « classique » avec simple calendrier, et une avec jour de la semaine, mois et phase de lune additionnelle. Pourquoi avoir baptisé ce calibre El Primero ? La réflexion sur le nom a émergé en automne, un peu avant le lancement. La direction de Zenith savait désormais que la manufacture du Locle allait remporter la course et serait la première à lancer son chronographe automatique. Mais quel nom lui donner ? Après quelques séances de réflexion le nom « El Primero » est tombé.
Il signifie « le premier » en espagnol, il est chantant, l’intonation est dynamique, il résonne bien dans toutes les langues et est facilement compréhensible. Ce sera donc El Primero.

Aujourd’hui les grands défis de l’humanité se concentrent essentiellement sur la sauvegarde de la planète et du genre humain. Nous vivons dans un mode de survie alors qu’à l’époque du lancement d’El Primero, il s’agissait d’une période d’expansion : on voulait découvrir d’autres mondes, coloniser l’espace, les planètes. Le film « 2001 l’Odyssée de l’espace », de Stanley Kubrick est sorti sur les écrans un an avant le lancement d’El Primero, en 1968. Le scénario avait été co-signé par Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke, qui avait écrit en 1948 déjà la nouvelle « La Sentinelle », source d’inspiration du film. C’est dans ce contexte que naît le premier chronographe automatique à haute fréquence, extra-plat. La personne qui choisissait de porter un El Primero participait pleinement à son époque, à ce monde technologique qui était en train d’envoyer des gens sur la lune. Elle avait vu, le 21 juillet 1969, à travers son écran de télé, Apollo 11 alunir et Neil Armstrong faire ses premiers pas sur la lune, en noir et blanc.

Et quelques mois après cet exploit, en octobre 1969, elle pouvait enfin s’offrir un exploit plus à sa mesure : le chronographe El Primero, lorsque celui-ci fut accessible au public. On vivait alors dans un monde régit par la mécanique, mais la mesure du 1/10e de seconde annonçait les prémisses d’un nouveau monde où allait régner l’électronique.

« Sur les grands marchés mondiaux où la compétition est de plus en plus vive, c’est sur l’horlogerie suisse tout entière que rejaillit le mérite de cette création hors pair », pouvait-on lire dans le communiqué de presse de Zenith du 10 janvier 1969. El Primero a été présenté publiquement lors de la Foire de Bâle de 1969. Le calibre 11 du Chronomatic group fut présenté à la presse le 3 mars 1969 et Seiko a lancé son premier chronographe automatique en mai 1969, mais aucun n’a surpassé El Primero dans la conscience collective. C’est sans doute l’un des seuls mouvements dont on connaisse le nom dans le monde entier.

Le grand secret

Chapitre 2



Pour comprendre la destinée du mouvement El Primero dans les années 1970, il faut faire un effort de mémoire et remonter onze ans avant sa naissance.

71 Le 28 mai, l’entreprise est vendue à la Zenith Radio Corporation, à l’origine un fabriquant de radio puis de télévisions de Chicago. Mais en pleine crise du quartz en 1975, ils décident d’arrêter la fabrication des mouvements mécaniques puis de se débarrasser des stocks d’outillage nécessaires à la fabrication du mouvement.

76 Contre les ordres de la direction, Charles Vermot décide de sauvegarder l’outillage nécessaire à la fabrication d’El Primero. Au total, ce sont environ 150 étampes et bon nombre de petits outils et de cames qui sont cachées dans le grenier, afin que nul ne découvre son secret.

En 1958, Gérard Bauer est nommé à la présidence de la Fédération Horlogère Suisse. Cet homme ne vient pas du sérail horloger mais il a une vision : il est convaincu que l’électronique, qui a commencé à se développer en 1948 aux Etats-Unis, va jouer un rôle décisif dans le monde de l’horlogerie. Il parvient donc à convaincre les horlogers suisses de s’allier et de créer le Centre Electronique Horloger, l’année même où la marque américaine Bulova lance l’Accutron, la première montre électronique dotée d’un diapason vibrant à 360Hz et faisant office d’organe réglant. Le Centre est créé le 20 janvier 1962 avec, à sa tête, un homme venant tout droit de General Electrics : Roger Wellinger.



Les recherches sur le quartz sont menées dans le plus grand secret : le projet, baptisé « Beta », aboutit en août 1967. En novembre de la même année, dix modèles de la « Beta 2 » participent au Concours Chronométrique de l’Observatoire de Neuchâtel et gagnent les dix premières places devant des modèles Seiko. Mais l’entreprise nipponne va coiffer les Suisses au poteau et lancera l’Astron-35 SQ, la première montre à quartz, sur le marché à Noël 1969, quelques mois après la commercialisation du chronographe El Primero. En 1970, seize marques suisses vont créer un consortium en vue de commercialiser des montres à quartz dotées du mouvement Beta 21. Zenith fait partie de l’aventure. Les Suisses sont rapidement rejoints par les Américains - Motorola, Texas Instruments, et National Semiconductor - mais aucun ne rattrape les japonais Seiko et Citizen.

Quel avenir pour l’El Primero dans un tel contexte ? Le plus grand danger, pour l’El Primero viendra de l’intérieur. Le 28 mai 1971, l’entreprise est vendue à la Zenith Radio Corporation, à l’origine un fabriquant de radio puis de télévisions de Chicago. La holding MZM (Mondia Zenith Movado) est dissoute et devient, à l’issue de l’assemblée générale du 21 juin 1972, la Zenith Time SA. A partir de ce moment, l’avenir de Zenith repose entièrement entre les mains des administrateurs américains.


Ces années-là, on trouve encore le mouvement El Primero dans les catalogues de la manufacture mais cela ne veut pas dire qu’il se vend bien. Il est en compétition avec le quartz et le mécanisme automatique ne tient plus la tête de l’affiche. On voit dès lors apparaître d’étonnantes montres Zenith dotées du mouvement El Primero dont les boîtiers surdimensionnés ressemblent étrangement à ceux qui étaient équipés du calibre Beta 21. Les premiers mouvements à quartz étaient volumineux et il fallait les loger dans une boîte de grande dimension, tout en essayant de camoufler leur forme grâce au design. En s’inspirant d’un boîtier de montre électronique, Zenith a trouvé une manière de répondre à l’époque. On a marché sur la lune tout de même ! Combien de temps devra-t-on attendre avant de lancer la première mission sur Mars, promise par l’écrivain de science-fiction Robert A. Heinlein dans son ouvrage « En terre étrangère » paru en 1961 ?



Le design de l’époque remet en cause l’esthétique fonctionnaliste qui a prévalu durant les décennies précédentes. Dans les années 1970, la forme ne suit plus forcément la fonction. Ce qui explique pourquoi ces montres, dotées du mouvement El Primero qui n’a pourtant jamais changé de taille, possèdent un boîtier plus gros que le moteur qu’elles emportent. Leur forme est futuriste, spatiale. « La pérennité des lois physiques, le caractère immuable des réalisations intemporelles et inaliénables qui constituait le point d’ancrage de la standardisation pour les modernes sont ébranlés par les nouvelles idéologies de la Pop culture » écrit Alexandra Midal dans son « Introduction à l’histoire d’une discipline ». Dans les années 1970 apparaît un « Pop Design » dont l’émergence est favorisée par l’apparition de nouvelles technologies qui permettent de créer d’autres formes possibles. On commence à voir apparaître des figures rondes, épaisses, comme le boîtier de la El Primero portant le numéro de référence AH 781, notamment, suivie de près par une El Primero au design insolite rappelant les écrans de télévision. Il faut se souvenir que, dans ces années-là, le rôle de la télévision au sein des foyers prend une importance de plus en plus grande : lorsqu’El Primero fut lancé, il n’existait qu’une seule chaîne et elle diffusait en noir et blanc. Dans les années 1970, on regarde la télévision en couleur : elle devient une lucarne ouverte sur le monde extérieur que l’on regarde depuis son salon. Une nouvelle manière de conquête.

L’année 1974 marque une rupture : Zenith ralentit sa production et l’on ne trouve plus de nouveau design d’El Primero dans les catalogues de l’époque. Les administrateurs américains ne croient plus en l’avenir de l’horlogerie mécanique mais ils ont foi dans le quartz. En 1975, en pleine crise horlogère, ils décident d’arrêter la fabrication des mouvements mécaniques puis en 1976, de se débarrasser des stocks d’outillage ainsi que des machines nécessaires à la fabrication du mouvement. L’El Primero est bradé et ordre est donné de mettre à la ferraille tout ce qui pourrait être récupéré. C’est ici qu’entre en scène l’homme qui a sauvé le mouvement El Primero, et avec lui, la manufacture Zenith. Son nom est Charles Vermot.

Charles Vermot est le responsable de l’Atelier 4. Malgré la crise, malgré le fait que les emplois dans le secteur horloger ont été divisés par deux, il croit encore dans l’avenir de l’horlogerie mécanique.
Il en est tellement convaincu qu’il décide d’écrire à la direction américaine afin de la convaincre de changer d’avis. « Sans être contre le progrès, je constate que le monde est ainsi fait, dans ce sens qu’il a toujours des retours en arrière. Vous avez tort de croire à l’arrêt total du chrono mécanique automatique. Aussi je suis persuadé qu’un jour, votre entreprise pourra bénéficier des lubies et modes que le monde a toujours connues », écrit-il. Il demande l’autorisation de maintenir un petit atelier où serait conservés tous les outils nécessaires à la fabrication de El Primero. Sa demande est restée lettre morte.

Contre toute attente, et contre les ordres de la direction, le responsable de l’Atelier 4 décide de sauvegarder l’outillage nécessaire à la fabrication d’El Primero dans le plus grand secret. Il est animé par une crainte bien plus grande que celle de perdre sa place : il veut éviter à tout prix qu’un savoir-faire horloger unique disparaisse. Il sera aidé dans cette tâche par son frère aîné Maurice Vermot, responsable de la fabrication des étampes, employé par Zenith. Pour commencer, il fallait trouver un lieu sûr où stocker discrètement ce que Charles Vermot considérait comme un trésor : toutes les étampes, les cames, les plans d’opération, tous les outils de coupe et les plans de fabrication nécessaires à la création du mouvement El Primero. La manufacture Zenith comporte 18 bâtiments, or un seul n’est pas relié aux autres. Ce sera celui-là.

Parce qu’il contrevenait aux ordres hiérarchiques, Charles Vermot ne devait en aucun cas être découvert dans son opération de sauvetage. Il devait donc faire transiter l’outillage par un passage en friche à l’arrière du bâtiment. Il lui fallait agir de nuit, une chose impensable aujourd’hui du fait des systèmes de sécurité contemporains : à l’époque, il existait bien des pointeuses, mais Charles Vermot avait les clefs de la manufacture. Il était chef d’atelier et bénéficiait de la confiance liée à ses responsabilités.

En grimpant les 52 marches qui mènent au grenier, on peut imaginer l’effort que cet homme, aidé de son frère, a fourni, portant à bout de bras les précieux outils. On peut deviner sa peur d’être découvert. Mais Charles Vermot se battait pour ses idées, pariant sur le futur, prêt à hypothéquer son présent : cela donne de la force et du courage. Au total, ce sont environ 150 étampes et bon nombre de petits outils et de cames qu’il a réussi à sauver. Sans ces étampes, impossible de produire El Primero. En effet, les outillages avaient été élaborés exprès pour ce mouvement et faisaient partie du secret de fabrication.

La durée de vie d’une étampe est aussi longue que la durée de vie du composant : de 20 à 30 ans, si elle est entretenue. Une étampe valait alors environ 40’000 francs. Si cet outillage avait été jeté, comme l’avait ordonné les Américains, si ce savoir-faire de fabrication avait été perdu, l’investissement qui aurait été nécessaire pour reconstituer toutes les pièces que Charles Vermot a cachées aurait atteint les 7 millions de francs. Or personne n’aurait investi une telle somme pour relancer la production d’un mouvement et Zenith n’existerait plus à ce jour.

Après avoir stocké tout l’outillage, Charles Vermot a fait murer cette partie du grenier, afin que nul ne découvre son secret. Ce personnage était entièrement dédié à sa fonction, bien au-delà de sa propre sécurité. Il croyait fermement en l’avenir d’El Primero, même si cet avenir devait s’écrire sans lui.

Dès 1976, Zenith n’est plus que l’ombre de la manufacture qu’elle fut. Le personnel est clairsemé, dans les ateliers, on dote les montres de mouvements à quartz ETA ou Citizen. Les rares mouvements mécaniques utilisés proviennent eux aussi de chez ETA. Mais l’entreprise n’est plus prospère et les Américains souhaitent s’en défaire : en 1978, Zenith Radio Corporation revend Zenith Watches SA à un consortium de trois industriels suisses, dont fait partie Paul Castella, le propriétaire de Dixi, une entreprise spécialisée dans le secteur des machines-outils et de l’horlogerie. Paul Castella est une légende au Locle, un être d’une rare humanité, soucieux de préserver les emplois dans cette région sinistrée. Zenith n’est pas encore sauvée, mais elle est enfin entre les mains d’un homme qui connaît et qui aime cette industrie. Son but : sauver une manufacture qui appartient au patrimoine industriel et horloger suisse.

La renaissance

Chapitre 3



L’histoire de la renaissance d’El Primero est tellement belle que l’on pourrait croire qu’elle a été inventée. Elle est faite de la matière dont on crée des légendes, avec tous les ingrédients nécessaires : l’adversité, la justice, la justesse, la désobéissance, le héros, le happy end et une touche de magie.

81 La société Zenith devient également fournisseur de mouvements pour certaines grandes marques.

84 Rolex désire moderniser son modèle Daytona et le doter d’un calibre El Primero. Or une étampe coûte alors environ 40’000 francs, il en faut plus de 150 pour fabriquer l’El Primero, ce qui nécessiterait un investissement de 7 millions. Zenith n’a pas les moyens d’investir une telle somme. C’est alors que l’on se souvient de l’acte de résistance de Charles Vermot. Grâce à lui, la production du calibre El Primero peut reprendre.

Lorsqu’en 1976, Charles Vermot a pris la décision de cacher l’outillage nécessaire à la fabrication du calibre El Primero, le responsable de l’Atelier 4 a fait preuve d’une bravoure et d’une vision hors du commun. « On a rait pu me couper la tête, j’étais sûr qu’un jour où l’autre le chronographe pouvait redémarrer », confiait-il à la RTS en 1991. On prend conscience de la puissance de ses intuitions et de ses certitudes lorsque l’on visite le fameux grenier, resté dans son jus. La plupart des pièces reposant sur les étagères sont d’anciens calibres. Et si les plus de 150 étampes qu’il avait cachées n’y sont plus, c’est simplement parce qu’un jour, après environ dix ans d’oubli, elles ont pu sortir de leur cachette et entrer de nouveau dans la lumière.



Après le rachat par Dixi en 1978, Zenith est certes sauvée mais change de nature : la société devient également fournisseur de mouvements pour certaines grandes marques. Deux d’entre elles jouent un rôle déterminant dans la renaissance la manufacture : Ebel et Rolex. Malgré la course au quartz, malgré la montre Swatch qui s’annonce, Pierre-Alain Blum, le patron d’Ebel, souhaitait posséder un chronographe automatique doté d’un mouvement exemplaire afin de le proposer dans son catalogue de l’année 1981. Il rachète alors à Zenith une partie de ses stocks de calibres El Primero. Mais ce n’est pas encore assez pour que Zenith prenne le risque de relancer la production du calibre. Qui peut dire si cet engouement va durer ?

C’est ici que Rolex entre en scène. La marque à la couronne est convaincue du regain d’intérêt pour les chronographes automatiques. Elle désire moderniser son modèle Daytona et le doter d’un calibre El Primero. C’est un mouvement fiable, le meilleur mouvement chronographe automatique sur le marché, semble-t-il, qui correspond parfaitement au visage de la montre avec sa configuration en compteurs à 3, 6 et 9 heures. La haute fréquence fait peur ? Il suffirait de redescendre à 4 hertz, aux 28’800 alternances coutumières à Rolex. Les pourparlers avec Zenith commencent. Mais un problème se pose : Rolex a besoin d’un moteur fiable et en grande quantité.

Or nous sommes en 1984 : une étampe coûte alors environ 40’000 francs, il en faut plus de 150 pour fabriquer l’El Primero, ce qui nécessiterait un investissement de 7 millions. Zenith n’a pas les moyens d’investir une telle somme. C’est alors que l’on se souvient de l’acte de résistance de Charles Vermot. Pendant le sauvetage, certains de ses collègues se sont gaussé de lui, de son attachement à ce mouvement, au passé horloger de la marque. L’heure est venue de reconnaître que son geste fut salvateur.

Les ingénieurs se tournent alors vers le « sauveur » et lui demandent de ressortir tout l’outillage. Le héros têtu et discret est bouleversé : tout ce qu’il avait imaginé s’ancre soudain dans la réalité. Il avait étiqueté toutes les étampes, tous les outillages, il avait conservé et classé tous les dossiers et les indications utiles à sa remise en marche. « Le travail de classement et d’archivage effectué par Monsieur Vermot nous a permis d’être assez rapidement opérationnel pour relancer la production », souligne Jean-Pierre Gerber, responsable technique de l’époque.

Grâce à Charles Vermot, qui reçoit notamment un chronographe El Primero en récompense de son geste ainsi qu’une invitation à « un bon dîner » et un voyage, la production du calibre El Primero peut reprendre. Un contrat de dix ans est conclu avec Rolex. Les premiers mouvements sont livrés en 1988 et les premières Daytona équipées d’un mouvement Zenith sont présentées lors de la Foire de Bâle de la même année.

Mais il faut croire que le vent favorable qui souffre sur la manufacture lui a donné des envies de grand large. En parallèle des premières livraisons pour Rolex, Zenith relance une fabrication pour équiper ses propres modèles, ses propres chronographes, dotés de son calibre maison et renoue ainsi pleinement avec son statut de manufacture.

Mais il ne suffit pas de savoir-faire, il faut faire savoir et ensuite savoir vendre. En 1920, Zenith portait merveilleusement bien son nom et vendait des montres dans le monde entier. La crise a eu l’effet d’un élixir d’oubli. Avant que la manufacture puisse reprendre sa place sur l’échiquier de l’horlogerie suisse, il a fallu entièrement reconstruire l’image de la marque, la pérenniser au travers de nouvelles esthétiques à l’identité forte. Afin de revenir en pleine lumière.

Le mouvement dévoilé

Chapitre 4



Zenith a relancé la fabrication de son mouvement El Primero suite au contrat passé avec Rolex. Mais il est temps pour la manufacture de retrouver son lustre et d’embrasser entièrement son savoir-faire en relançant des montres dotées du fameux mouvement miraculé portant sur leur cadran le nom de Zenith. Elle commence tout d’abord par de nouveaux modèles de chronographes afin d’étayer les lignes phares de la maison : Academy et Cosmopolitan. Pour la première fois, la manufacture dévoile le calibre qui fait sa fierté à l’arrière de ses modèles.

95 Les premières apparitions de l’El Primero sont pleinement mises en lumière avec la ligne haut de gamme ChronoMaster qui affiche fièrement son mouvement phare à travers le fond transparent.

97 L’El Primero se dote d’une nouvelle fonction : le Flyback. Une fonction spécialement dédiée aux passionnés d’aviation qui équipera les modèles Rainbow Flyback.

99 Zenith rejoint le pôle horloger du groupe LVMH. Une nouvelle ère s'annonce pour l'El Primero dans le monde des grandes complications.

Vient ensuite une ligne entièrement consacrée aux chronographes : la ligne De Luca, lancée en 1988. Ses modèles s’inspirent des codes à succès de l’époque, qui évoquent la Daytona dont les premiers exemplaires dotés de l’El Primero viennent de faire leur sortie à Bâle. Avec la De Luca, Zenith entre dans les années 1990.



En 1991, un an après son 125e anniversaire, la manufacture choisit de célébrer les 700 ans de la Confédération Helvétique avec deux modèles exclusifs dotés des deux variantes de l’El Primero de la relance : un chronographe-chronomètre doté du simple quantième, limité à 900 exemplaires et un chronographe-chronomètre avec jour, mois et phase de lune, limité à 250 exemplaires, le tout à l’abri d’un boîtier en or jaune. Dans le catalogue accompagnant ces deux modèles, on effectue une piqûre de rappel à ceux qui auraient pu oublier ce mouvement mythique et l’on résume ses qualités en quelques phrases qui disent tout : « El Primero, premier mouvement chronographe automatique du monde et seul de sa catégorie à mesurer les temps courts au 10e de seconde, le légendaire El Primero récapitule les connaissances de son époque ». Assurée de la qualité de son mouvement, la manufacture offre une garantie de cinq ans aux acquéreurs de ses garde-temps.

Les premières apparitions de l’El Primero au travers d’un fond saphir, restées timides dans les années 1980, sont pleinement mises en lumière dans les années 1990 avec la ligne haut de gamme ChronoMaster qui affiche fièrement son mouvement phare à travers le fond transparent de ces modèles en catalogue. Parce qu’il s’agit bien cette fois-ci de mettre en lumière l’art horloger et non pas simplement le savoir-faire industriel, Zenith crée un garde-temps au design très classique, qui s’inspire des chronomètres de poche de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Il s’agit de créer l’archétype même de la montre.



Ce retour au classicisme s’explique aussi grâce au contexte historique. Les années 1990 furent marquées par des évènements polarisants. Les guerres en ex-Yougoslavie et le génocide des Tustsis au Rwanda sont comme un retour en arrière vers les années les plus sombres de l’humanité. En revanche, la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud avec l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir et l’effondrement du bloc soviétique entraînant la fin de la guerre froide, sont des fenêtres ouvertes sur un monde en devenir que l’on espère meilleur. Personne ne peut deviner alors ce que l’avenir réserve et dans un monde en mutation, incertain, on se replie généralement sur des valeurs immuables qui rassurent. D’où le visage intemporel de ces modèles.

La ChronoMaster permet de repositionner El Primero. La publicité de 1997 qui lui est dédiée, montre la main d’un homme posée sur le ventre d’une femme enceinte, avec ces mots : “When worn, this Zenith watch will work for a lifetime - or even longer”. Ce message publicitaire puissant suggère bien avant l’heure la transmission de l’objet à travers les générations.

Le département marketing a également eu une idée de génie : sur le calibre est gravé un numéro visible à travers le fond saphir. Il s’agit de l’identifiant de la montre. Lorsqu’un client se porte acquéreur d’une ChronoMaster, il reçoit un coupon qu’il peut renvoyer à la manufacture et son nom sera ainsi inscrit dans le registre de la collection ChronoMaster. Une manière de fidéliser la clientèle et de lui permettre de nouer un lien d’attachement à la marque : Zenith devient une « Love Brand » avant même que le terme soit inventé. L’aventure peut recommencer...

Ceci d’autant plus que deux années plus tard, l’El Primero - qui n’a jamais cessé d’être perfectionné même si ses fonctions sont restées intactes - se dote d’une nouvelle fonction : le Flyback. Une fonction spécialement dédiée aux passionnés d’aviation qui équipera les modèles Rainbow Flyback lancés en 1997. Tout comme les messages publicitaires accompagnant la ChronoMaster, les publicités de la Flyback mettent l’accent sur la transmission : “From now on, you have more than the passion for flying to pass on.”

La consécration

Chapitre 5



Lorsque LVMH rachète l’entreprise en 1999, un rachat qui sera effectif en 2001, l’histoire de Zenith et du mouvement El Primero prend une nouvelle direction : une pente ascendante qui va monter jusqu’aux étoiles. A la fin des années 1990, les groupes de luxe comprennent tout l’intérêt de développer une branche horlogère, de parier sur l’horlogerie mécanique qui rencontre alors un regain d’intérêt auprès d’un public de passionnés, et de racheter des marques à haute valeur ajoutée.

03 Le cœur de l’EL Primero va apparaître de manière frontale à travers une ouverture conçue à cet effet dans le cadran. Le modèle s’appelle ChronoMaster Open et porte bien son nom.

04 Sous l’égide du groupe LVMH, l’El Primero devient une grande complication. Le mouvement accueille un tourbillon : la Grande ChronoMaster XXT Tourbillon. Le premier tourbillon haute fréquence du marché.
Lancement pour la première fois d’une ligne de chronographe dédiée aux femmes et baptisée Star Open.

Zenith fait partie de ces entreprises qui ont tous les attraits : c’est une manufacture, dotée d’un outil de production capable de créer ses propres mouvements, elle possède une histoire magnifique, plusieurs mouvements phares dotés de leur propre légende, et dispose d’un potentiel de développement phénoménal aux yeux des nouveaux dirigeants. Plusieurs groupes sont sur les rangs pour racheter la manufacture, mais c’est LVMH qui l’emporte.



LVMH entend repartir à la conquête du monde avec Zenith et notamment du marché américain. Or il se trouve en conflit Outre Atlantique avec l’un des précédents propriétaires : la Zenith Radio Corporation qui détient les droits sur le nom « Zenith » sur le territoire américain. Après négociation, le groupe obtient en 2001 le droit d’exploiter la marque aux Etats-Unis, en échange de quoi, elle payera des droits à la marque homonyme. Zenith peut poursuivre son envol.

En entrant dans ce groupe de luxe rompu aux règles du marketing, Zenith va devoir apprendre à briller sous les projecteurs - c’est son nouveau destin - et justifier la raison d’être de son symbole : l’étoile.

Aussitôt installée au Locle, la nouvelle direction prend toute la mesure du joyau qui est entre ses mains et décide de positionner Zenith dans le très haut de gamme. Le mot « Impossible » ne sera plus prononcé au sein de la manufacture : Zenith est destinée à tutoyer les étoiles et scintiller dans le firmament horloger, quel que soit le prix à payer pour cela.

Le mouvement El Primero était légendaire, il va devenir désirable. Et de plus en plus précieux. C’est sous l’égide du groupe LVMH qu’El Primero est devenu une grande complication : en 2004, le mouvement accueille un tourbillon la Grande ChronoMaster XXT Tourbillon, le résultat de trois ans et demi de recherche et développement. Il s’agit du premier tourbillon haute fréquence du marché. Suivront un quantième perpétuel la Grande ChronoMaster XXT Quantième Perpétuel, et en 2005 une répétition minute, la Class Traveler, un exercice qui a nécessité le dépôt de 30 brevets. Enfin, en 2007, Zenith réunit le tourbillon et le quantième perpétuel dans un même garde-temps de la ligne Academy. L’El Primero n’a plus de limite.

Dès 2003, la taille du calibre change légèrement. Sa mise en lumière surtout. Après s’être révélé à travers le fond saphir du boîtier, le cœur de l’EL Primero va apparaître de manière frontale, en communication directe avec son propriétaire, à travers une ouverture conçue à cet effet dans le cadran. Chaque fois que le possesseur d’une montre El Primero regarde l’heure, il voit désormais battre le cœur de sa montre à 36’000 alternances. Le modèle s’appelle ChronoMaster Open et porte bien son nom. Le mouvement entre dans un processus de starification.

Une version féminine voit le jour en 2004. Elle est baptisée la Star Open et l’ouverture est en forme de cœur. Zenith a très bien compris que les femmes des années 2000 ont envie d’un garde-temps qui puisse exprimer qui elles sont et non pas ce que les horlogers imaginent qu’elles sont. Le temps est venu pour elles de s’offrir leurs propres montres, un modèle qui affiche leur pouvoir d’achat et leur puissance. Tout comme elles portent des boyfriend jeans, elles veulent une montre qui ne les réduise pas à lire l’heure sur un cadran de nacre rose bordé d’une lunette sertie de brillants. Elles veulent briller autrement. Zenith va leur donner l’opportunité de le faire en 2005 lorsqu’est lancé un tourbillon spécifiquement conçu pour elles : la Starissime.

Chez Zenith on comprend parfaitement la complexité du nouveau siècle qui débute, ou du moins, on en a l’intuition. Le terme de globalisation a été consacré par le forum de Davos en 1993, mais il prend tout son sens à l’orée du XXIè siècle. On est entré dans une époque de superlatifs et d’exposition de soi, permise par l’émergence de ce que l’on appellera les « réseaux sociaux ». Facebook est créé en février 2004. Il n’a pas encore la puissance qu’il gagnera la décennie suivante mais on peut néanmoins ressentir les prémisses de son succès et de son impact sur les individus et les communautés du monde entier. Les utilisateurs peuvent partager ce qu’ils aiment en « tribu », or ils aiment ce qui sort de l’ordinaire et les fait sortir de leur ordinaire. Zenith, la survivante, la marque qui a su se réinventer sans cesse, est « de l’étoffe dont sont faits les rêves »*

*Shakespeare, La Tempête, 1610-1611.

Vers la précision absolue

Chapitre 6



Durant cette décennie qui prend fin, nous observons une accumulation de phénomènes contradictoires qui, pour la plupart, nous échappent. Et lorsqu’il s’agit d’appréhender la notion de l’écoulement du temps, nous sommes contraints à des ajustements constants. Jamais n’a-t-on à ce point rempli les espaces temporels au-delà de toute limite, les gorgeant de tâches et de distractions multiples. Et paradoxalement, jamais le « présent » n’a-t-il autant monopolisé les pensées et les conversations. Il n’est qu’à observer le nombre croissant d’adeptes de l’écrivain Eckart Tollé, auteur de l’ouvrage « Le pouvoir du moment présent », pour saisir à quel point ce présent qui nous échappe est l’un des éléments essentiels de notre quête de félicité. Nos contemporains oscillent entre ces deux extrêmes, acceptant malgré eux de vivre dans un monde où règne une forme de discrépance qui pousse à une suradaptation continue.

10 El Primero fut le premier mouvement automatique capable de mesurer le 10ème de seconde. Avec l’El Primero Striking 10TH, il est capable d’afficher le 1/10e de seconde.

12 Le 14 octobre, El Primero écrit l'histoire en franchissant le mur du son pendant un saut en chute libre depuis la stratosphère.

17 Zenith lance la Defy El Primero 21 capable de mesurer et d’afficher une valeur mécanique difficile à atteindre : le 1/100e de seconde. Un exploit qui a fait entrer la manufacture dans l’univers de l’ultraprécision.
La même année, Zenith présente la Defy Lab, pourvue d’un nouvel oscillateur révolutionnaire façonné en silicium monocristallin et formé d’un seul tenant.

Face à ce temps à plusieurs vitesses, Zenith a cherché à appréhender cette notion d’immédiateté, offrant à ses clients de la toucher des yeux, de « voir » littéralement défiler le présent. El Primero fut le premier mouvement automatique capable de mesurer le 10e de seconde. Avec son aiguille des secondes qui fait un tour de cadran en 10 secondes, l’El Primero Striking 10th, lancé en 2010, est capable d’afficher le 1/10e de seconde.



Ce garde-temps a vu le jour dans une époque complexe où l’on se centre sur soi, se réunissant autour de micro-tribus auxquelles on décide ou non d’appartenir, tribus qui deviennent même parfois des communautés. Instagram, qui a vu le jour la même année que la Striking 10th, en 2010, a fortement favorisé ce phénomène. Ce nouveau réseau social a encouragé les réactions immédiates : plus besoin de parole, il suffit d’une fraction de seconde pour indiquer son appréciation grâce à un « like ». L’El Primero Striking 10th est un objet qui résume bien cette décennie de l’immédiateté dans laquelle certains s’évertuent à chercher du sens.

La manufacture aurait pu s’arrêter là dans sa quête de l’extrême précision si sa foi dans son savoir-faire ne l’avait pas poussée à dépasser ses propres limites. En 2017, Zenith lance la Defy El Primero 21 capable de mesurer et d’afficher une valeur mécanique difficile à atteindre : le 1/100e de seconde. Et ce, grâce à un moteur pulsant à 50 Hz, soit dix fois plus que son légendaire prédécesseur. Le cœur du mouvement bat à la vitesse fulgurante de 360’000 alternances/heure et l’aiguille centrale du chronographe réalise un tour complet de cadran en une seconde. Un exploit qui a fait entrer la manufacture dans l’univers de l’ultraprécision.

La même année, Zenith présente la Defy Lab, pourvue d’un nouvel oscillateur révolutionnaire façonné en silicium mono-cristallin et formé d’un seul tenant. Ce dernier remplace le balancier-spiral utilisé dans l’horlogerie mécanique depuis son invention en 1675 par le scientifique néerlandais Christian Huygens. Avec la Defy Lab, qui est rythmée à la très haute fréquence de 18 Hz, Zenith a hérité d’années d’études de la division de recherche et développement du groupe LVMH. Un savoir-faire qui a été logiquement transféré à la marque à l’étoile, connue pour détenir le palmarès record de 2’333 prix de chronométrie.

L’avenir de Zenith s’inscrira naturellement dans cette lignée d’innovations techniques qui repoussent sans cesse les limites du possible et de l’ultraprécision. D’ailleurs, pourquoi ne pas imaginer qu’un jour l’El Primero affichera le 1/1000e de seconde ?

Mais revenons au présent et à ce mouvement mythique qui fête cette année ses 50 ans. Cinquante ans, l’âge de déraison où l’on se réinvente pour appréhender de nouveaux défis. Rien n’est impossible quand on a cinquante ans. Pour fêter le demi-siècle d’El Primero, le mouvement de base a été retravaillé et amélioré afin de faciliter son assemblage. Il garde bien entendu tous ses codes : il s’agit toujours d’un mouvement intégré à haute fréquence, l’indication de la date est conservée, de même que l’embrayage vertical et roue à colonne. Il a été travaillé avec un peu moins de composants que le modèle original et la manufacture a ajouté des éléments qui lui semblaient majeurs : le stop seconde notamment ou encore l’augmentation de la réserve de marche, qui était limitée à 50 heures du fait de la haute fréquence qui nécessite beaucoup d’énergie. Sa construction lui permet d’être modulaire : Il pourra battre le 1/10e de seconde sans l’afficher, en l’affichant, et offrir la fonction flyback.

Ceux qui travaillent sur ce mouvement au quotidien, qui en connaissent les moindres subtilités, en parlent comme d’un objet doté d’une âme. Ouvrons les guillemets : « l’El Primero porte bien son nom car c’est le premier en tout : le premier à être aussi précis, à battre à 36’000 alternances, » relève une horlogère de la manufacture. « On ressent de la fierté quand on travaille sur ce mouvement, dit-elle encore. Il est tellement abouti ! Il a été sauvé, remis en production, amélioré, on lui a ajouté de nombreuses complications, il a évolué, il a grandi, mais il est toujours aussi noble. Et il est beau ! Ce mouvement est historique : Zenith c’est le El Primero et El Primero fait Zenith. »

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